Un modèle de distribution alimentaire sans intermédiaire
app.circuitcourt.ch est un commun numérique, open source, qui propose aux agriculteurs et transformateurs locaux de vendre leur production alimentaire, sans intermédiaire, aux consommateurs de la région.
Circuit court n’est, cependant, pas une épicerie en ligne et n’agit pas en tant qu’intermédiaire. Les artisans gouvernent le projet avec les consommateurs et les coursiers. Les contrats d’alimentation lient les artisans et les mangeurs. Ainsi, l’argent circule directement entre ces deux acteurs.
À travers son hypothétique succès, circuit court ne doit pas, tant que faire se peut, créer un lien de dépendance des artisans envers elle. Il s’agit ici d’éviter la présence d’une nouvelle entité qui, immanquablement, concentrera un trop grand pouvoir de décision dans un trop petit nombre de mains.
Sa raison d'être est de proposer une place de marché alternative au modèle agro-industriel dominant.
Levain, qui a financé une bonne partie de l'investissement nécessaire, porte le projet depuis ses début. C'est, d'ailleurs, en réalisant que ses outils de gestion pouvaient servir à d'autres acteurs, que votre boulangerie a démarré le projet en 2020 déjà.
Pour quels besoins ?
La Suisse perd, quotidiennement, deux exploitations agricoles et, ce, malgré CHF 2.8 milliards de paiements directs annuels.
Depuis les années nonantes, nous avons perdu deux tiers des boulangeries artisanales.
Sur 100 CHF dépensé en nourriture, la part du revenu agricole s'élève à moins de 10 CHF.
La part de la production indigène dans la consommation totale de denrées alimentaire à Genève s'élève à 10% (45% en Suisse).
Alors que les Suisses dépensent entre 30 et 40% de leur revenu pour se loger, ils n'en dépensent que 6.4% pour se nourrir.
Aujourd’hui, l’énorme majorité de la consommation alimentaire s’effectue à travers la grande distribution (90 % dans le Grand Genève). Si ces intermédiaires peuvent proposer un service de proximité, ils saisissent également une écrasante partie de la marge dégagée dans la chaîne de valeur. Cette observation est particulièrement valable où les coûts fixes sont importants (surface, RH, logistique), notamment les grands centres urbains. En outre, si la récente pandémie laissait espérer un changement dans les habitudes de consommation, le nouveau contexte d’inflation pousse finalement les ménages à faire le choix des aliments industriels issus des filières longues (perçus comme moins chers).
À l’opposé, le modèle d’agriculture contractuelle de proximité (ACP) propose une relation directe entre le producteur et le consommateur, ce qui permet aux premiers de récupérer une bonne partie du revenu et aux derniers de payer un prix plus juste pour leur alimentation. En outre, ce modèle accroit la transparence qui fait généralement défaut au commerce de détail. Cette offre a vécu de très belles années au début 2000, mais le modèle s’essouffle par manque de flexibilité.
Circuit court s’en inspire tout en rendant le contrat initial plus souple et moins engageant pour « séduire » de nouveaux consommateurs. L’innovation réside dans l’automatisation du renouvellement des contrats et la gestion facilitée des cas de suspensions. La mise en place des crédits à l’alimentation permet également aux artisans de simplifier les activités de support (paiements, communication, distribution) nécessaires à la création de l’offre alimentaire. En sus, circuit court propose une aide à la mise en place d’une logistique de distribution douce et efficiente afin d’acheminer les produits directement à la porte des consommateurs.
En proposant des outils modernes et un processus simplifié de distribution, circuit court permet aux artisans d’organiser eux-mêmes cette livraison à domicile et de réintégrer, ainsi, la valeur ajoutée (et donc les marges) des logisticiens et distributeurs classiques à leur propre exploitation.
Soulignons, néanmoins, que si circuit court fait le pari de s’attaquer aux contraintes du modèle ACP pour tenter de séduire de nouveaux consommateurs et accroitre ainsi la demande pour ce modèle, les modalités de construction de l’offre alimentaire ne peuvent être que suggérées. Il appartient, bien entendu, aux artisans de juger de la bonne flexibilité et des justes contraintes qu’il impose / propose à ses consommateurs. De fait, les incitations précitées ne sont que facultatives. L’artisan qui souhaite continuer à proposer son offre alimentaire en fonction du modèle ACP habituel pourra le faire aisément et sans entrave.
Comment ça fonctionne ?
Pour les producteurs
- Les producteurs n'ont plus besoin de shop en ligne, de prestataire de paiement ou même de site web. Une simple inscription et ils bénéficient de tous les outils pour faire de la vente directe et organiser une distribution efficiente.
- La place de marché permet à chaque artisan de (faire) bénéficier de la promotion réalisée par ou pour les autres acteurs.
- Une commission unique de 1% est prélevée sur le chiffre d'affaires des artisans pour couvrir les coûts de l'association.
Pour les consommateurs
- Les consommateurs gèrent la totalité de leurs contrats depuis un seul compte en ligne.
- La place de marché les renseigne sur les offres alimentaires existantes.
- En réglant leur cotisation annuelle (CHF 10.-), ils prennent part aux décisions de l'association.
Pour les coursiers
- Les coursiers bénéficient d'un statut social solidaire (minimum horaire, LPP dès le premier francs...).
- Ils trouvent plus facilement des heures à effectuer chez les différents producteurs (annuaire des missions).
- En réglant leur cotisation annuelle (CHF 20 .-), ils prennent part aux décisions de l'association.



